Le 11 septembre 2001, le monde a été secoué par cette nouvelle soudaine : Les États-Unis avaient fait l’objet d’une série d’attaques qui allaient changer le cours de l’histoire. En 2008, la crise financière mondiale fut également inattendue pour la plupart des gens, même pour les analystes financiers les plus avisés. Les deux évènements étaient rares et improbables, et ont eu de profondes conséquences. Ils sont un exemple parfait de ce que l’on appelle des évènements cygne noir.
Selon la théorie du cygne noir, ces types d’événements peuvent avoir des conséquences catastrophiques pour le monde et les marchés, surtout parce qu’ils sont pour la plupart imprévisibles. C’est du moins ce que l’on pensait avant la théorie du roi-dragon.
Didier Sornette1, professeur en risques entrepreneuriaux à l’École polytechnique fédérale de Zurich, a proposé la théorie du roi-dragon. Selon lui, la plupart des évènements cygne noir, apparemment imprévisibles, cachent des principes qui, une fois définis, peuvent nous aider à les anticiper. En bref, la théorie du roi-dragon est un outil de gestion des risques.
Cette théorie a été à la base de l’Observatoire de la crise financière lancé par le professeur Sornette en 2008, dont le mandat était de « tester l’hypothèse que les bulles financières peuvent être détectées en temps réel et que leur fin peut être prédite de manière probabiliste ».
Les systèmes complexes cachent des instabilités
Les marchés financiers sont composés d’innombrables éléments, notamment des négociateurs, des courtiers, des algorithmes de négociation, des banques, des régulateurs, des gestionnaires de portefeuille, des conseillers financiers et bien d’autres encore. Dans l’ensemble, ils constituent un système complexe, qui consiste, dans les termes les plus simples, en un système comportant de nombreux éléments qui agissent les uns avec les autres.
Chaque élément est en interaction continue avec le comportement des autres éléments. C’est ce qui en fait un système complexe.
La théorie du roi-dragon souligne qu’il existe des instabilités à l’intérieur de ces systèmes complexes, qui peuvent atteindre des niveaux excessifs.
Selon Sigma Risk Management Inc.2 : « Plus un système est complexe, plus [il est possible que] les instabilités inhérentes, les corrélations et la dynamique inconnue du système puissent avoir des conséquences extrêmes. »
Sigma a relevé deux exemples de telles instabilités :
- 10 % de tous les incidents cybernétiques causent 99 % des pertes financières.
- Les cinq plus grandes épidémies des derniers siècles ont fait 30 fois plus de victimes que les 1 363 autres épidémies.
La puissance prédictive de la théorie du roi-dragon
La bulle Internet, dite du « dot.com » en 2000, la crise de la dette extérieure européenne en 2009, la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, et la crise du pétrole brut en 2014 sont tous des exemples d’évènements cygne noir.
Grâce à la théorie du roi-dragon, on pense que les économistes pourront reconnaître et anticiper des crises financières similaires avant qu’elles ne dégénèrent et ne deviennent incontrôlables. Pour l’instant, elle est encore considérée comme un concept complémentaire à la théorie du cygne noir, et de plus en plus d’économistes et d’analystes financiers pensent que ses applications peuvent nous aider à anticiper les conséquences des événements cygne noir.
Comme pour la plupart des outils de gestion des risques, la théorie du roi-dragon repose sur l’application de modèles mathématiques dotés d’une capacité prédictive exceptionnelle. Ses utilisations, puissantes en principe, ont en pratique une utilité limitée, jusqu’à présent.
Il faut encore attendre de connaître les effets réels de son application; pour l’instant, c’est une théorie intéressante à suivre.
1https://www.ineteconomics.org/research/experts/dsornette
2http://www.sigmarisk.com/news/2017/7/25/black-swans-and-dragon-king


