Un petit coup de pouce dans la bonne direction

2017-12-15

La théorie du lauréat du prix Nobel, Richard Thaler, fait les manchettes partout au Canada et dans le monde, mais en quoi consiste-t-elle et quelles sont les conséquences concrètes?

Selon la théorie de Thaler, on peut encourager les gens à faire ce qu’il y a de mieux pour eux et pour la société en effectuant des changements de politique subtils qui créent un choix par défaut sans forcer les gens à se conformer.

La théorie du nudge (« méthode d’incitation douce ») offre aux gouvernements, aux employeurs et aux autres décideurs une façon novatrice et plus facile d’obtenir les résultats escomptés. Par exemple, au lieu d’interdire ou de taxer lourdement certains aliments malsains, les gouvernements pourraient obliger les épiceries à présenter des options saines au niveau des yeux. Les consommateurs jouissent toujours de la même liberté de choix et de la même vaste gamme de produits qu’ils ont toujours eues, mais ils sont subtilement encouragés à faire des choix plus sains.

De même, l’équipe d’introspection comportementale du Royaume-Uni (Behavioural Insights Team) a trouvé que le fait de simplement informer les gens de ce que leurs collègues de travail donnaient à des œuvres de bienfaisance les encourageait à faire de même.

Fondamentalement, la théorie du nudge vise à faire du résultat privilégié une option par défaut. Afin d’augmenter les taux de dons d’organes, l’Espagne a adopté une politique selon laquelle l’option privilégiée était le choix par défaut pour tous les citoyens. Tous les Espagnols sont considérés comme des donneurs d’organes à moins qu’ils n’exercent leur droit de retrait, un changement de politique subtil qui a immédiatement fait du pays un chef de file mondial en matière de dons d’organes.

La théorie de Thaler présente également un potentiel important pour encourager des pratiques utiles de gestion du patrimoine.
Par nature, les gens sont plus susceptibles de choisir le gain à court terme plutôt que la planification à long terme. Monsieur Thaler, quand on lui demande comment il dépenserait son argent du prix Nobel, a même dit : « Irrationnellement! »

Mais il dit que nous pouvons faire mieux.

Un exemple simple serait le dépôt automatique d’une somme d’argent de chaque chèque de paye dans un compte d’épargne. Vous avez toujours la liberté d’arrêter ou de dépenser ces économies, mais le fait d’en faire l’option par défaut augmente la probabilité que vous les épargniez.
Certains économistes, et Thaler lui-même, promeuvent un système qui s’appelle « épargnez plus demain » et qui augmente le montant que les gens mettent dans leurs économies seulement lorsqu’ils obtiennent une augmentation. Cela fait en sorte qu’ils ne voient pas une diminution de leur salaire net ni n’en viennent à associer l’épargne à une perte.

Les transferts de richesse étiquetés en sont un autre exemple qui pourrait améliorer le succès des transferts de richesse et de la planification de la relève. Lorsque les gens reçoivent de l’argent qui est étiqueté pour une fin particulière, ils sont plus susceptibles de le dépenser à cette fin, même s’ils savent qu’ils sont libres de le dépenser à leur guise.

Au Maroc, le fait de donner de l’argent aux parents en leur indiquant que c’était pour que leurs enfants aillent à l’école était plus efficace que d’exiger que les enfants suivent des cours.

À mesure que la théorie du nudge gagne en popularité et que ses utilisations sont plus variées, il y a aussi des inconvénients sous forme de manipulation gouvernementale ou d’exploitation commerciale, mais son potentiel en tant que moyen éthique d’améliorer la société est illimité.

Comme on dit, il suffit d’un petit coup de pouce.