l’industrie de la marijuana

2018-04-10

L’industrie de la marijuana a connu une année extraordinaire en 2017. À un niveau tel, que sa performance semble avoir rehausser à des niveaux irrationnels les attentes des investisseurs. Bien que ce secteur pourrait continuer de connaître une croissance phénoménale en 2018, il en demeure qu’il s’agit d’une toute nouvelle industrie qui carbure sur des prédictions incertaines. Voyons voir si nous sommes capables de faire un peu de la lumière sur ce secteur encore ”vert”.

(à noter que les sources ont été incluses sous forme de liens direct)

L’industrie

Selon un rapport de Statistiques Canada, la consommation estimée de marijuana en 2015 s’élevait à presque 700 tonnes. En assumant un prix de $7.14-$8.84/gramme, cela voudrait dire que cette industrie représenterait 70 à 90% du marché du vin et plus de la moitié du marché de la bière pour cette même année. Contrairement à la croyance populaire, ce rapport nous indique également que le profil du consommateur a énormément changé au cours des dernières décennies. Étant jadis un marché occupé majoritairement par les adolescents, la tendance s’est grandement inversée lorsqu’aujourd’hui, plus de 60% des consommateurs sont âgés de 25 ans et plus.

Le Projet de loi C-45 légalisera la marijuana à travers le pays au cours de l’année 2018, laissant la flexibilité aux différentes provinces de choisir comment ce produit sera distribué et utilisé. Voici brièvement comment le Québec et l’Ontario ont décidé de régulariser cette substance;

Ontario

Âge: 19+

Où acheter : Commerces privés et vente en ligne

Production personnelle : Jusqu’à 4 plantes

Où fumer : Seulement dans les résidences privées

Autres notes : 40 commerces seront ouverts au moment de la légalisation et 150 d’ici 2020

Québec

Âge: 18+

Où acheter : Commerces et vente en ligne détenus seulement par le gouvernement (SAQ)

Production personnelle : Ne sera pas permise

Où fumer : Seulement où le tabac est permis excepté les Cégeps et Universités

Autres notes : 15 commerces seront ouverts au moment de la légalisation et 150 d’ici 2020. La limite de possession sera de 150 grammes par résidence.

Arguments pour

Plusieurs débats ont eu lieu sur les bienfaits et méfaits que pourraient entraîner la légalisation d’une substance qui a longtemps était perçu comme étant criminel. Voici les arguments utilisés par les partisans de ce projet de loi:

Profitabilité des gouvernements

Contrôle sur une substance illégale

  • Meilleur contrôle sur la présentation et explications des effets à la population
  • Impact sur le marché noir (Source de revenu majeur des organisations criminelles)

Bienfait pour certains problèmes de santé

  • Diminution de la consommation d’autres substances à problèmes (crise des opiacés)
  • Effets positifs sur les problèmes tel que l’insomnie, l’anxiété, les douleurs chroniques ainsi que l’épilepsie

Arguments contre

Les possibles effets néfastes de cette légalisation n’a pas fini de faire couler de l’encre. Parmi les sujets les plus débattus, nous pouvons y voir les problèmes suivants:

Problèmes de santé:

  • Un recul au niveau des efforts et multiples dépenses des gouvernements afin de changer la perception de la population au sujet des produits de tabac
  • Plusieurs études ont démontré un lien important entre la consommation de marijuana et les problèmes mentaux
  • Problèmes respiratoires associés à une consommation élevée
  • Problèmes de développement du cerveau chez les enfants et adolescents

Conduite automobile:

  • Il n’y a toujours aucun appareil certifié pour mesurer la quantité de marijuana dans le système
  • Il n’y a toujours aucun consensus au niveau du temps requis après la consommation avant de prendre le volant
  • Les tests d’urine et de sang ne serait pas représentatif car la marijuana peut laisser des traces pendant plusieurs jours et même semaines
  • Santé Canada et la GRC expérimentent actuellement des tests effectués au niveau de la salive

Dans le milieu du travail:

  • Les compagnies ont exprimé leurs préoccupations quant à une possible baisse de production, un manque de jugement et des problèmes de sécurité sur les chantiers
  • Aucune mesure n’a été amené au niveau de la capacité des employeurs à tester, discipliner et même congédier si un employé est trouvé fautif

Du point de vue des investisseurs : un mot de précaution

Le Canada a maintenant la lourde tâche d’être le deuxième pays après l’Uruguay à légaliser la vente et consommation récréative de la marijuana. Du côté des États-Unis, bien que la consommation de marijuana puisse être légale au niveau des états, celle-ci demeure un crime au niveau fédéral.

Plusieurs débats sont en court quant à la valorisation des compagnies productrices de marijuana. Selon Bloomberg, il existe actuellement 84 compagnies listés en bourse qui sont reliés d’une certaine façon à l’industrie de la Marijuana pour un total de $37 Milliard USD. Parmi les plus populaires, Canopy Growth (WEED-$6.58 milliard), Aurora Cannabis (ACB-$4.94 milliard) et Aphria (APH-$2.48 milliard) tentent tous de se démarquer afin d’acquérir un avantage compétitif au niveau de la distribution, de la qualité du produit ou bien simplement par rapport aux provinces avec qui ils font affaire.

Suite à une discussion avec Duncan Anderson, gestionnaire d’actions Canadiennes, celui-ci nous expliquait qu’il est actuellement presqu’impossible de connaître la juste valeur de ces compagnies. En plus de toutes les incertitudes qui planent au niveau légal, il est présentement irréalisable de déterminer l’ampleur du marché du cannabis. De plus, les évaluations effectuées par Statistiques Canada sont basées sur des hypothèses grossières de certains experts, et la marge d’erreur demeure énorme. Celui-ci nous expliquait également qu’en raison des licences Américaines que les grandes banques Canadiennes détiennent, celles-ci doivent faire preuve de prudence lorsqu’elles décident de s’impliquer dans le financement de ce secteur.

Une des plus grandes inquiétudes réside au niveau de la façon dont les compagnies de ce secteur affichent leur revenu. Plusieurs experts ont sonné l’alarme au cours des derniers mois en invoquant que les pratiques comptables utilisées par ces compagnies permettent à celles-ci d’augmenter de façon considérable leur perspectives de revenu.

Pour comprendre cette problématique, nous devons revenir en 2011 lorsque le Canada a décidé de suivre la majorité des pays du G20 en implémentant une méthode de calcul appelé IFRS (Normes internationales d’information financière). La raison principal de cette méthode de calcul est de permettre d’établir des mesures standardisées afin de faciliter les investissements entre les différents pays. L’IFRS permettrait donc aux firmes agricoles d’utiliser des estimés de croissance au niveau de leur actifs biologiques (ex. : plants de maïs) pour compenser l’impact des dépenses lorsque ceux-ci calculent les marges brutes. Afin d’exprimer ceci de façon simpliste, cette pratique est similaire à compter des poules lorsque celles-ci sont encore dans l’œuf. Plusieurs compagnies augmenteraient donc leur inventaire de façon importante afin de faire accroitre l’évaluation comptable. Ce problème devient encore plus mélangeant lorsqu’on considère le fait que les compagnies utilisent toutes des différentes méthodes de calcul afin de déterminer la valeur de leurs plants.

En conclusion, il est possible de débattre pendant des journées entières l’avenir de cette industrie, mais il en demeure que les données sur lesquels nous nous appuyons ne sont que des estimations. Certains argumenterons que nous vivons une période similaire à la fin de la prohibition de 1933 aux États-Unis, tandis que d’autres feront référence à la bulle techno du début des années 2000. De notre point de vue, il s’agit d’une nouvelle industrie excitante mais de biens gérer les émotions dans ce secteur qui, pour l’instant, demeure spéculatif.